Texte no 1
LE CHIEN
Le chien arriva à hauteur de la terrasse. Je m’accroupis auprès de lui. C’était un assez grand mâle, au poil foncé, avec un loup noir sur les yeux et de longues moustaches de phoque. Il colla sa tête contre moi, je le caressai. Il avait l’air très doux. Je sentis immédiatement qu’un lien se créait entre lui et moi, comme un coup de foudre, et ceux qui connaissent les chiens savent de quoi je parle. Il n’avait pas de collier, rien qui puisse l’identifier.
— Avez-vous déjà vu ce chien ? demandai-je à Leo, mon voisin.
— Jamais.
Le chien, après avoir inspecté la terrasse, repartit sans que je puisse le retenir et disparut entre des palmiers et des buissons.
— Il a l’air de savoir où il va, me dit Leo. Certainement le chien d’un des voisins. Il faisait très lourd ce soir-là. Quand Leo repartit, on devinait, malgré l’obscurité, un ciel menaçant. [1] Un violent orage ne tarda pas à éclater, projetant des éclairs impressionnants derrière le lac, avant que les nuages se déchirent et déversent une pluie torrentielle. Aux environs de minuit, alors que j’étais en train de lire dans le salon, j’entendis des jappements venant de la terrasse. J’allai voir ce qui se passait, et par la porte-fenêtre, je vis le chien, le poil trempé et l’air misérable. Je lui ouvris et il se glissa aussitôt à l’intérieur de la maison. Il me regarda avec un air plein de supplication.
— C’est bon, tu peux rester, lui dis-je. [...]
Il passa la nuit chez moi. À mon réveil, le lendemain, je le trouvai paisiblement endormi sur le carrelage de la cuisine. Je lui fabriquai une laisse avec de la ficelle, ce qui n’était qu’une précaution car il me suivait gentiment, et nous partîmes à la recherche de son maître. [...] Après avoir mis une annonce dans les deux supermarchés les plus proches, j’allai me promener un moment avec le chien dans la rue principale de Boca Raton avec l’espoir que quelqu’un le reconnaîtrait. [2] Je finis par aller au poste de police où l’on m’orienta vers un cabinet vétérinaire. Les chiens étaient parfois équipés d’une puce d’identification qui permettait de retrouver leur propriétaire. Ce n’était pas le cas de celui-ci et le vétérinaire fut incapable de m’aider. Il me proposa d’envoyer le chien à la fourrière, ce que je refusai, et je rentrai chez moi accompagné de mon nouveau compagnon qui était, je dois dire, malgré sa taille imposante, particulièrement doux et docile.
Leo guettait mon retour depuis le porche de sa maison. Lorsqu’il me vit arriver, il se précipita vers moi, en brandissant des pages qu’il venait d’imprimer. [...]
— J’ai fait ma petite enquête, me dit-il.
— Et qu’avez-vous découvert, Leo ?
— Les chiens retrouvent toujours leur foyer. Certains parcourent des milliers de miles pour retourner chez eux.
— Qu’est-ce que vous me conseillez ? Leo prit un air de vieux sage :
— Suivez le chien au lieu de l’obliger à vous suivre. Il sait où il va, vous pas. Mon voisin n’avait pas tort. Je décidai de détacher la laisse en corde du chien et de le laisser vagabonder. [3] Il partit en trottant, d’abord près du lac, puis à travers un chemin pédestre. [...]
Le chien suivit la route, tourna deux fois à droite et finalement s’arrêta devant un portail derrière lequel je vis une maison magnifique. Il s’assit et jappa. Je sonnai à l’interphone. [4] Une voix de femme me répondit et j’indiquai que j’avais trouvé son chien. Le portail s’ouvrit et le chien fila jusqu’à la maison, visiblement heureux d’être de retour chez lui.
D’après Joël Dicker, Le Livre des Baltimore, Paris 2015.
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A, B, C ou D correspondant à votre choix.