Tekst 1.
BLONDIE LEBLOND
Je me souviens très bien de la tête ravie de Joyce quand elle a pris la communication. On était au début du mois de janvier. Il faisait un temps de chien dehors. Rafales de pluie, vent glacé : de quoi militer en faveur du réchauffement climatique.
La pluie étant, comme chacune le sait, l’ennemie numéro un du brushing, les clientes ne se bousculaient pas trop sous le séchoir. L’ambiance du salon était un véritable baromètre dépressif. Pour dire les choses nettement, le local était presque vide. Je jetais sans arrêt des coups d’œil sur ma montre en me demandant si Joyce me laisserait partir un peu plus tôt pour attraper le RER de 18 heures.
« Salon Blondie Leblond, bonjour. Joyce à votre écoute », a dit Joyce.
Elle a tout de suite ajouté d’une voix sucrée comme un beignet trempant dans le miel : – Bien sûr, mademoiselle del Monte. Un rendez-vous tout de suite pour une coupe avec Blondie ? Je vais voir s’il y a de la place. Vous avez de la chance, quelqu’un vient juste de se décommander. C’est la première fois ? Vous verrez, vous ne serez pas déçue. Vous voulez aussi les mains ? a-t-elle minaudé, de plus en plus aimable.
J’étais en bas, dans l’entrée, juste à côté d’elle et j’ai prié tous les saints que je connaissais et même ceux que je venais d’inventer, sainte Rita, patronne des causes désespérées, saint Frenchois, patron de la manucure du même nom, pour que Joyce la note avec moi, sur le grand cahier blanc.
Mais, bien sûr, cette punaise a préféré Eva, sous prétexte qu’elle fait les mains depuis une dizaine d’années et qu’elle est plus expérimentée que moi.
– Pour les stars, il faut des stars, elle a dit en me regardant de côté.
J’ai retenu mon envie de lui tirer la langue et, avant de remonter au salon, j’ai juste dit que ce n’était pas la fille, mais le père, qui avait eu deux fois un César.
Édouard del Monte.
Ma mère en était folle dans sa jeunesse, c’est-à-dire dans les années 80. Folle au point d’avoir prénommé mon petit frère Édouard. Ma maman chérie n’avait toutefois pas réussi à me transmettre sa passion pour lui. Dans la série des acteurs cultes, mon petit cœur navigue depuis longtemps entre Jude Law et George Clooney, avec un léger penchant pour Hugh Grant, mais à ses débuts, je précise.
Mais voilà. Del Monte, j’ai grandi avec. Impossible d’y échapper. J’ai vu et revu ses films à la télé où ils repassaient en boucle. Ces soirs-là, ma mère nous donnait la permission de veiller en faisant semblant d’oublier qu’on avait école le lendemain. Je connais la liste de ses films presque par cœur, beaucoup mieux en tout cas que les tables de multiplication ou quelques participes passés qui n’ont toujours pas trouvé le chemin de mon hémisphère gauche. Pour moi, c’est un peu comme s’il était de la famille.
Du coup, sa fille Stella, née le 13 juin 1987, soit quatre jours avant moi (vous aurez évidemment compris pourquoi ma mère m’a prénommée Estelle), je pense à elle comme à une sorte de cousine inaccessible, un genre de parente issue de la branche qui a réussi et ne daigne plus nous fréquenter, nous les prolos du 9-3.
Na podstawie: Michèle Fitoussi, Scandale sous les étoiles, Paryż 2007.
W zadaniach 6.1.–6.4. z podanych odpowiedzi wybierz właściwą, zgodną z treścią
tekstu. Zaznacz jedną z liter: A, B, C albo D.